J'écris : mes nouvelles, sketchs...·Uncategorized

Ce que vous dites me touche – 3è partie

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*

– Quelqu’un a des nouvelles de Jim ? Non ? Personne ? Jim, tu es en bas ? Réponds-nous !

Tout le monde s’est retrouvé dans le hall de la maison. Denise est traversée par une anxiété croissante, Loïc a fait chou blanc. L’ambiance est tendue. C’est un échec collectif puisque tous ignorent où M. Johnson se cache. Même Mickaël a changé d’attitude. Sa désinvolture a laissé la place à une certaine nervosité. Qui plus est, son ami Jim est le seul à ne pas avoir rejoint les autres. Oh, il a peut-être tout simplement eu plus de chance qu’eux. Peut-être que le sous-sol sert de cachette au vieillard ? Peut-être qu’ils s’y sont retrouvés ?

Oui mais Mickaël a maintenant ouvert la porte en bois qui grince. Il a jeté un coup d’œil sur les escaliers secrets. Et à cet instant, il a ressenti le silence des lieux. Un silence qui n’a rien de normal.

– On va le chercher ?

Impossible de refuser. Une file indienne se forme par conséquent et s’engage dans les escaliers. La porte se referme derrière eux sans qu’ils ne s’en rendent compte. L’escalier aussi se fait entendre. Ils descendent les escaliers, traversent le couloir et atteignent le cimetière. L’une des tombes les obnubile immédiatement car un vaste disque translucide la recouvre. Un disque qui réfléchit le peu de lumière disponible. Cette créature est vivante et… manifestement, elle en train d’ingérer sa victime ! On entend d’insupportables bruits de déglutition et de gélatine !

Que dévore-t-elle ainsi ? Cela ne fait aucun doute ! En effet, un bras sans main émerge de ce piège mortel. Un bras que tous les crânes, dispersés ça et là dans d’innombrables fosses, paraissent regarder. En récompense d’une lutte acharnée, ce bras a déchiré le voile, entraînant la bête dans une morte lente. On devine qu’un corps humain est étendu dans la tombe. Un corps en train de se faire dévorer, un être qui n’était pas mort avant que cela ne commence ! Mais tant que le monstre lui-même reste en vie, quoique moribond, il mangera !

Mickaël détourne le regard, pris d’une nausée terrible. Les autres sont horrifiés. Cet organe est reconnaissable entre mille. Jim ! La crainte d’une menace les amène à faire demi-tour, à grimper les marches quatre à quatre pour enfin retrouver l’air libre. L’on se bouscule, quitte à se faire tomber ! On maudit l’insuffisance de lumière. Essoufflée, harassée, l’équipe est ravie d’avoir enfin pu fuir. Mais elle n’est pas fière d’elle. Et Denise a a failli se faire écraser, par-dessus le marché ! Mickaël a fermé la marche et la porte.

Ca y est, c’est terminé.

*

Ayant à peine atteint le rez de chaussée, Denise ne peut plus retenir un long sanglot. Voilà son corps secoué de spasmes ! Elle pleure, elle pleure et puis… plus rien !

Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Que se passe-t-il encore ?

On ne comprend pas immédiatement.

Elle subit l’assaut d’une apparition éclair dont la brutalité lacère profondément ses entrailles. Une image envahit son cerveau qui retourne son estomac de dégoût. Lorsqu’enfin elle disparaît, l’esprit embrumé de Denise retrouve ses émotions et la malheureuse se remet – petit à petit – à pleurer… Jusqu’au flash suivant qui la fait vaciller comme si elle reçoit un coup de poing.

Qu’y a-t-il sur cette image ? Tous l’ignorent ! Oh, trois fois rien, ne vous inquiétez pas ! Des yeux injectés de sang avalés par un voile organique !

A vrai dire, tous sont éprouvés. Harry et Loïc craquent et, de colère, viennent accabler Mickaël.

– Tu as vu ce que tu as fait ?

Il ne répond pas.

Il est encore sous le choc. Il réalise avec horreur que sa plaisanterie de mauvais goût a conduit son grand ami à la mort. Cela fait de lui non plus le sale gosse qu’il aimait incarner, non pas un « bad boy » mais le complice d’une mort qui a dû être atroce ! Et puis, il y a aussi, il y a surtout l’image traumatisante d’un bras tendu dans sa direction. Qui s’est extirpé à grand peine d’une masse organique. Un bras dont il manque la main. Qui appelle à l’aide et auquel personne ne répond.

Les critiques pleuvent, certaines plus vives que d’autres. Un concert lamentable de reproches débute.

– Ça suffit ! Interrompt Véronique. Personne n’aurait pu s’attendre à ce qui s’est passé. Nous devons rester unis. Après tout, nous sommes peut-être en danger.

– Tu veux dire, reprend Harry faiblement, que Jim ne serait que le premier ?

– Je n’en sais rien. Il y a décidément quelque chose de bizarre ici. J’ai le sentiment que même si nous le voulions, nous aurons du mal à quitter les lieux. Tout à l’heure, je suis allée à côté du portail. J’ai ressenti à cet endroit un abattement violent qui a brisé en moi toute envie de fuite. L’aurai-je désiré que je n’aurai tout simplement pas eu le courage de m’évader d’ici !

– Nous sommes donc prisonniers, constate Loïc, défaitiste.

– En tout cas, intervient Mickaël, le vieux reste introuvable. Je l’ai cherché partout à l’étage sans le voir.

– Vous m’avez cherché ? Vraiment ?

*

Un claquement de pas réguliers se fait entendre. Il annonce la venue de M. Johnson. Quelle voie doucereuse ! Quelle froideur ! Denise ne peut empêcher un hoquet de dégoût devant ce visage abîmé en forme de tasse. De près, ses yeux, maintenant à nouveau renfoncés, semblent inexpressifs. Ce visage repoussant sort de l’ombre pour s’imposer à la vue de chacun. Un être que l’on déteste et que l’on redoute pourtant. Est-il lié à cette mort ?

– Jim est décédé, sanglote Denise, et nous l’avons trouvé dans votre cave qui est aménagée comme un cimetière !

– Est-ce vous qui l’avez tué ? Demande Véronique.

M. Johnson n’a guère envie de répondre à cette question. C’est pourquoi il lui assène un regard dominateur. Son expérience le convainc qu’il en aura vite raison. Et pourtant, non ! Véronique ne cède pas, elle persiste, même.

– Êtes-vous oui ou non mêlé à sa mort ?

– Oui, répond-il, vaincu, d’une voix lente et sans appel.

D’émotion, tous se recroquevillent.

– A présent, laissez-moi.

Les abandonnant à la terreur collective qu’ils ressentent, il emprunte les escaliers pour disparaître à l’étage. Il a toutefois un dernier regard pour Véronique dont la vue suffit à détendre légèrement son visage. Il ne s’attendait pas à une telle attitude de sa part.

Denise se rappelle alors au bon souvenir de chacun par un bruit de chute. Elle s’est évanouie. On la transporte dans une chambre.

*

– Que va-t-on faire maintenant ? Hasarde Loïc, désignant Denise.

– Il faut la laisser se remettre, répond Véronique. En attendant, sortons examiner le portail. Peut-être trouverons-nous un moyen de fuir ?

– C’est sans danger de la laisser seule ?

Véronique baisse soudainement le regard, sa voix diminue d’intensité.

– Je ne sais pas. Mais si l’un de nous reste avec elle et qu’un danger surgit, il périra aussi sûrement qu’elle. On ne peut pas se permettre de sacrifier des vies inutilement.

Argument terrifiant mais auquel tout le monde s’est rallié. Aussi on l’abandonne la mort dans l’âme.

C’est qu’elle fait peur, Denise, en cet instant ! Son corps endormi est traversé de soubresauts violents. A la faveur de ses mouvements, son tee shirt s’est soulevé, dévoilant un ventre qui se déforme. Une créature chercherait-elle à en sortir ? Quelle horreur ! En partant, Mickaël jette un ultime regard sur son amie. Un mauvais pressentiment l’anime qu’il n’ose pas confier aux autres. Il cherche un peu de réconfort du côté de Véronique. Elle demeure silencieuse mais elle pense la même chose. Leur connivence d’un instant ne le rassure pas du tout. Bien au contraire. Maintenant, il est certain qu’il envoie une deuxième personne à la mort.

Enfin, le brouhaha et les bruits de pas laissent rapidement la place au silence.

*

Bien qu’épuisée, Denise se réveille soudain dans la tristesse. Elle se sent isolée. Où sont passés tous les autres ?

Bientôt, un halo de lumière émerge de la porte d’entrée. Que se passe-t-il ? De larges disques de voile entrent, roulant sur la tranche. Ils s’alignent en rangée et forment ainsi les contours d’un chemin. Un chemin, mais pour qui ? Le halo de lumière, déjà agressif, se fait soudain de plus en plus intense. Éblouissant, aveuglant même.

Denise doit dissimuler ses yeux pour se protéger. La chaleur de la lumière la brûle. Entre l’interstice de ses doigts, elle remarque toutefois qu’une ombre pénètre dans la chambre.

Elle voit la silhouette d’un homme fin, d’âge mûr et dont la tête a la forme d’une tasse. Une tasse au soubassement étroit, dont les parois remontent en formant une large ouverture. D’étranges bandes de lumière jaillissent, heurtent les murs. Rebondissent, traversent la pièce en diagonale. Elles donnent à la scène une granularité épaisse, une rugosité prononcée. On dirait qu’un peintre a déversé sa haine en peignant la lumière par grands jets nerveux !

Denise tressaille, se tend dans son lit. D’instinct, ses mains s’agrippent aux draps. Lui continue d’avancer lentement tandis que le halo de lumière diminue. Son pas est lent, nonchalant. En vérité, non : plutôt lassé, désespéré.

Petit à petit, elle reconnaît les traits de son visage, ses yeux si caractéristiques. Il traverse la moitié de la chambre et s’immobilise.

Une mélancolie infinie parcourt un corps qui ne sait plus exprimer ses émotions.

Ce visage d’abîme ne sait plus pleurer. Denise est tétanisée mais pas indifférente. La voilà prise d’une compassion étrange pour cet être que la vie semble ne pas avoir épargné. Elle n’attend pas de lui de la reconnaissance. Il demeure de toute manière silencieux, inexpressif.

Eh bien quoi ? Il ne dit rien ?

Sans prévenir, il se voûte. Ses traits de visage se tendent fortement, ses doigts se crispent autour de sa tête devenue subitement douloureuse.

Il crie d’une manière si atroce que Denise en ressent une peur incommensurable ! Les yeux exorbités, elle le voit se dandiner monstrueusement, dans des positions à l’équilibre précaire. Son cri est caverneux, comme s’il cachait une créature enfouie en lui.

Pendant ce temps, les faisceaux de lumière sont… mais oui ! Ils prennent vie ! Elle les voient se déplacer, se fédérer et se suspendre au plafond. Ils forment une créature improbable, à la forme indéfinie. Que font-ils au-dessus de M. Johnson ? On dirait qu’ils lui aspirent la vie !

Comment procèdent-ils ? Elle l’ignore ! Mais il est maintenant manifeste qu’ils aspirent son élan vital.

« Que la douleur cesse ! Pitié ! » implore-t-il.

Peu importe, personne ne lui viendra en aide.

– Il va mourir ! S’insurge Denise en direction du plafond. Pour l’amour de Dieu, votre maître va mourir !

Les bêtes ne l’écoutent pas. Denise crie encore plus fort mais en vain. M. Johnson se crispe toujours davantage.

Bientôt, sa tête se déforme affreusement, se décompose en strates horizontales glissant de façon autonome de gauche à droite. On dirait l’image déformée d’un vieux téléviseur !

Il va mourir. Il va mourir. Il va mourir.

Sa résistance est héroïque, d’autant plus qu’elle paraît vouée à l’échec. Il tente, il échoue, il réessaie mais ne fait pas mieux.

Et puis ses mains lâchent tombent lourdement le long du corps.

Tout est perdu ! Tout est fini.

*

Denise se réveille et se redresse brutalement, dans un soupir. Elle est essoufflée, en sueur. Elle tente de reprendre sa respiration. Ce n’était donc qu’un rêve ? Horrible cauchemar ! Autour d’elle, il n’y a pas de créature, pas de halo, il n’y a rien au plafond ni personne à l’entrée. Elle rit nerveusement. Oui, assurément, ce n’était qu’un rêve !

Elle a besoin de se secouer un peu. Elle se lève et d’un pas mal assuré, entame quelques pas.

– Vous comptiez sortir ?

*

La voix est grave et solennelle. Il lui fait face. Finie la tristesse, balayée la peur de mourir. L’a-t-il jamais eu ? Il a retrouvé son air cérémonieux et désabusé et elle, la réalité et tous ses dangers.

– Refuseriez-vous mon hospitalité, par hasard ?

Non non, bien sûr que non ! Elle est heureuse d’avoir pu dormir et retrouver des forces. Mais elle ne peut lui avouer combien il lui fait peur, cet homme si atypique. Machinalement, elle fait un pas en arrière devant son regard sévère. Quant à lui, il saisit l’une de ses créatures et la lui jette dessus !

La créature l’entoure immédiatement tandis qu’elle tombe à la renverse. Affolée, elle voit l’homme approcher.

– Qu’est-ce que vous me voulez ?

– Oh, s’exclame-t-il d’une voix doucereuse, vous êtes reconnaissante de mon hospitalité ? J’en suis ravi.

– Je ne veux pas mourir ! Libérez moi, je ne veux pas mourir !

Elle se met à pleurer fort. Ses larmes deviennent douloureuses au moment où elle entend ces paroles :

– Vous trouvez mon visage séduisant ? Personne ne m’avait dit ça. Personne ne l’aime, mon visage. Vous, si ? Quel bonheur pour moi de ressentir un amour d’une telle force ! Quel dommage que l’âge soit un terrible océan qui nous sépare. Mais je devine que cet océan, vous le traverseriez à la nage s’il le fallait. N’est-ce pas ?

Denise cesse immédiatement de parler. Elle est soudain prise d’horreur en espionnant sous le voile de cet homme. Le regard illuminé de cet homme la convainc qu’il la voit amoureuse de lui ! Alors, elle se décide à lancer quelques mots dans sa direction.

– Pourquoi vous faites ça ? Murmure-t-elle péniblement.

– Vous m’aimez ? Comme je suis gêné.

Elle est écœurée d’un tel délire. Elle réalise à présent que la créature s’est accrochée au sol par des ventouses. Impossible pour elle de s’échapper ! Elle sent d’ailleurs un liquide gélatineux la toucher ! La bête entreprendrait donc de la dévorer ? Une menace aussi forte la sort de la léthargie et de l’inaction.

Alors elle se secoue, gesticule, tente de déchirer le voile mais ce n’est pas si facile ! Elle vocifère comme une folle, maudit cet homme dont les yeux émoustillés la voit peut-être danser pour lui. Effectivement, les bras levés et grand ouvert, il tente d’accueillir l’amour immense qu’il croit apercevoir chez cet femme.

Au paroxysme de son bonheur factice, il démarre une danse parfaitement ridicule. Tournant autour de lui-même, il engage une partenaire invisible dans une valse rythmée. Denise se débat et lui, il danse avec son âme. Poursuit sa farandole, accélère ses pas puis se dirige vers la sortie de la chambre.

– Au secours, hurle Denise, sauvez-moi !

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