J'écris : mes nouvelles, sketchs...·Uncategorized

Ce que vous dites me touche – 2è partie

1ère partie2è partie3è partie4è partie5è partie

Le lendemain, chacun et chacune se réveillent, résolus à visiter les lieux. Au rez de chaussée, un feu crépite qui a suffi pour réchauffer de la pièce. Le froid de la veille fait désormais place à une chaleur qui réconforterait si elle ne détonnait pas avec l’atmosphère mystérieuse des lieux.

Il y a ici un secret que l’on veut percer. Tandis que les autres négocient, se répartissent la maison par secteur, Jim a immédiatement choisi de franchir la fameuse porte secrète, de traverser l’escalier souterrain. Est-ce une si bonne idée ? Est-ce prudent d’y entrer seul ?

– Ca ira, rassure-t-il les autres après son annonce.

Personne n’aurait voulu y aller mais tous se soucient sincèrement de lui.

*

Jim a encouragé ses comparses et reçu des messages de soutien. A présent, il est temps de se séparer.

C’est une vieille porte en bois massif, rongée par les vers. A force d’avoir subi de tels assauts, elle ferme mal, désormais.

Il active la poignée de la porte. Elle s’ouvre dans un grincement sinistre. Sa manière à elle de se plaindre de sa condition, certainement. Qu’importe ! Il s’engouffre dans un couloir avec détermination. Prudence, discrétion. Il n’y a pas un bruit, ici ! Il s’attaque lentement aux marches d’escaliers. Le voilà dans un espace bien confiné ! L’on hésiterait presque à respirer tant chaque bruit perturbe la quiétude des lieux.

Tandis qu’il arrive à mi-chemin, la porte du haut se fait remarquer, se ferme sans intervention humaine. Ce n’est pas de la magie. Ça n’en est pas moins inquiétant, suffisant pour que son front soit perlé de sueur.

Il ne peut plus reculer. Le délire de Mickaël n’était jusqu’ici qu’un jeu idiot, une plaisanterie. Il en éprouve maintenant la stupidité. Ce jeu serait-il dangereux ?

Il existe tout simplement des forces qu’il convient de ne jamais déranger. Oh, ce n’est pas que Jim y croit. Il s’y refuserait volontiers. Il n’aime pas la littérature fantastique. Les savants fous, ceux qui expérimentent des choses étranges dans un coin reculé du monde, le dégoûtent. Les romans d’épouvante le laissent de marbre ; l’ésotérisme le fait rire. Jim est un militaire. Sa tête carrée, ses traits durs, ses cheveux blonds font de lui un archétype du soldat et ça lui va bien. Ça lui permet d’affirmer au monde qui il est, ce qui l’intéresse. Cela permet aussi d’effaroucher, d’écarter, ceux qui veulent le détourner de sa voie au profit de puérilités. La littérature, l’art… fadaises que tout cela ! Seule compte l’action.

Mais ici ? Qui compte-t-il impressionner ? Les murs ? La poussière volante ? Noyé dans un silence impénétrable, il sent son système de défense démasqué, déjà contourné, vaincu. Ça ne l’arrête pas mais ce n’est pas confortable. Lui le soldat invincible, en cet instant, se sent si impuissant. Il continue son chemin malgré tout, atteint enfin le bas de l’escalier et débouche sur une porte. Est-elle piégée ? Quelque monstre l’attend-il derrière ?

Prudence. Silence. Hésitation.

Ouvrira ? Ouvrira pas ?

Oui, il le fait ! Ouf ! Rien ne s’est passé : Jim débouche sur un autre corridor, étroit celui-là et en légère pente. Il s’y engage. L’endroit est profond, un peu humide. Les murs sont ornés d’un alignement d’arches gothiques donnant sur des murs de pierre. A la faveur d’une myriade de chandeliers, une lumière faible mais chaude se diffuse ça et là. Il règne ici une ambiance de mysticisme qui ne convient absolument pas au fougueux militaire.

Pour se rassurer, il progresse au pas cadencé d’un soldat. En quête de repères, il espère effrayer tout intrus. A la vérité, même marcher lui devient pénible. L’humidité alourdit ses jambes.

Mais il ne peut pas renoncer. Reculer signifierait déserter, l’humiliation, la défaite, le déshonneur. Alors, il continue.

Son visage est incroyablement tendu. Ce n’est plus seulement la concentration, c’est aussi la crainte que quelque chose ne se profile.

Et ce souffle d’air si étrange ? On dirait une voix venue d’outre-tombe lancer comme un appel à son attention : « Jim ». Quoi ? Qui ose lui parler ? Comment connaît-on son prénom ?

Jim ! Jim !

Ca suffit, montrez-vous !

Mais cela, l’invisible ne sait pas faire.

Le soldat poursuit son chemin, un peu plus vite qu’avant, de façon nerveuse. Jusqu’ici, il refusait de prêter la moindre attention aux arches. Sauf qu’en tournant la tête sur sa droite, il aperçoit un fantôme voler ! Un fantôme que l’on aurait dessiné à la craie, avec des lignes sinueuses, des courbes.

C’est… le corps fin et étendu d’une femme qui se prolonge dans des lignes infinies. Une femme aux cheveux longs, au visage ovale.

Eléonore.

*

Il s’arrête net pour la voir voler d’arches en arches.

– Eléonore ? Appelle-t-il sur le ton d’un petit garçon.

Il n’en croit pas ses yeux !

Elle ne répond pas, continue d’évoluer le long du mur. Elle n’a pas un regard pour lui. Lui la suit imprudemment. Des larmes jaillissent de son corps ! Il ne s’attendait pas du tout à cette rencontre. Pourquoi s’enfuit-elle ? Pourquoi le fuir ?

Il se met à accélérer, à courir même. Il veut comprendre. Il traverse la moitié du couloir, l’interpelle, vocifère, répète sans fin « Eléonore ! ». Elle s’arrête net. Enfin ! Elle s’assoit, l’attend ! « J’arrive, Eléonore ! »

Il se place en face du mur et la contemple. Être devenue un fantôme ne lui a pas fait perdre sa beauté ! Eléonore, son grand amour. Morte dans un tragique accident de voiture. Elle le fixe intensément, sans rancune, sans colère. Mais croyez-le ou non, son expression n’en est que plus effrayante.

– Eléonore, pardonne-moi, murmure-t-il faiblement.

Il ferme les yeux un instant et s’incline. Il s’approche d’elle et la pose doucement au creux de son épaule. Contre le mur, à vrai dire. Mais cela lui suffit, il sent son souffle. Il cherche son réconfort et savoure cet instant où la Mort et la Vie peuvent se réunir. Il danserait volontiers avec elle s’il le pouvait. Comme c’est bon !

Voulant la remercier, il se redresse.

– Eléonore !

Il pousse un cri en la voyant se lancer à l’autre bout de la pièce. Il veut à tout prix la suivre, il y parvient. Il court, de plus en plus vite. Il la rejoint. Elle s’arrête et se fige sur une porte en bois. Elle ouvre grand des yeux superbement dessinés. Un voile sépulcral plane majestueusement autour d’elle. Ses gestes sont gracieux comme jamais. Elle fut belle dans la vie, elle sera superbe dans la mort !

S’avançant vers elle, encore larmoyant, il lève la main gauche et ouvre la paume dans sa direction. Elle fait de même. Il s’approche, pose sa main sur la sienne. Trop vite, trop fort. La porte glisse s’ouvre tandis que, sous ses yeux désespérés, le fantôme de la belle disparaît progressivement.

Il retiendra toujours le regard qu’elle lui a adressé. Un mélange d’ingénu, d’impersonnel, d’entendu.

Et devant lui, le chemin se libère.

*

Ce qu’il voit fige littéralement son sang dans ses veines ! Une pièce gigantesque.

Devant lui, des rangées entières de trous rectangulaires ! Des trous profonds, aux dimensions d’un homme. Ce qu’il y a dans chacun d’eux ? Deux à trois crânes humains ! On devine de malheureuses victimes brutalement décimées. Certaines sont même déformées par la peur ! Quelle collection macabre car, à l’évidence, c’en est une ! Chaque crâne a été méticuleusement nettoyé. Il ne subsiste plus aucun morceau de chair, pas même de la pourriture. Tous sont propres et ont été entreposés avec délicatesse pour délivrer un message aux nouveaux arrivants.

Jim n’en revient toujours pas ! Il s’avance. Mais ne les entends-tu pas, Jim ? Ne les entends-tu donc pas te hurler de fuir ?

Non, manifestement pas. Lui, il zigzague entre les tombes, le regard obnubilé par ces vestiges d’histoires épouvantables. Son regard se perd, se vide. Il ne voit plus tant les fosses que les crânes. Jusqu’à ce qu’une voix le fasse sursauter :

– Vous ne vous attendiez pas à cela, j’imagine ?

Il hoquette et, de frayeur, tombe et atterrit entre 3 crânes qu’il attrape machinalement. A l’évidence, ce ne sont pas des peluches dont le contact est rassurant ! Il s’en rend vite compte. En quête d’un réconfort même relatif, il les observe et réalise ce qu’il tient en main. Le dégoût le pousse à saisir l’un d’eux et le lancer au loin.

– Le malheureux, murmure la voix doucement, pourquoi avoir fait ça ?

Le danger de la situation augmente sensiblement. Cette voix délicate masque la colère profonde ressentie par cet homme. Ce n’était pourtant qu’un crâne, quelle importance après la mort ? Jim ne comprend pas.

Toujours est-il que la question posée le frigorifie. M. Johnson est furieux. Ses orbites sont moins profondes. On voit à présent nettement deux yeux noirs courroucés.

Jim n’a pas pu, n’a pas su réagir. Et maintenant, un voile lui tombe dessus, sorte de couvercle de matière organique. Quelle est cette chose ?

Instinctivement, il saisit un crâne et le lance fortement. Geste puéril. Le crâne rebondit et vient s’écraser lamentablement dans la fosse, ce qui agace encore plus le vieillard.

– Que me voulez-vous ? Demande Jim.

Les lèvres de M. Johnson se meuvent mais il n’entend rien.

– Que voulez-vous , répète-t-il d’une voix plus forte. Répondez, bon sang ! Que cherchez-vous, salopard !

C’était une provocation mais elle a échoué ! M. Johnson ne réagit même pas à l’insulte. Il est étonnamment calme, souriant qui plus est. Alors, le soldat entreprend un corps à corps de la dernière chance avec la créature. Il la frappe, tente de l’écarter mais elle tient bon et même, elle se rapproche inéluctablement de son corps. Le vieillard ne hausse pas même un sourcil. Il ne semble même pas voir les assauts désespérés de Jim !

Qu’affronte-t-il, au juste ? Une plante ? Un animal ? A présent, cela entoure ses jambes, enserre ses bras, son visage, se plaque sur son torse. Jim ne peut plus se débattre. Implacable, la chose l’empêche même de respirer ! Il est prisonnier !

La panique gagne le militaire. Plus il se débat, plus elle resserre l’étau.

De l’air ! De l’air ! Jim ne veut pas mourir ! Le désespoir libère des forces enfouies. Jim se débat sauvagement et réussit à libérer sa tête pour l’écraser contre le sol. C’est un geste vain mais il croit encore en ses chances. Il se jette aux côtés du troisième crâne qui le gratifie d’un air apitoyé. Sauf que la créature n’a pas abandonné le combat, elle retombe sur lui et s’empare à nouveau de lui.

Non ! Jim ne veut pas mourir !

L’assaut est irrésistible. Et lui, il suffoque de plus en plus.

La chose n’a aucun muscle et pourtant elle l’enserre toujours plus fort. Elle commence à le dévorer ! Sous le coup de la douleur, Jim pousse un hurlement sordide que M. Johnson n’entend même pas. La douleur augmente terriblement tandis que le corps de Jim s’engourdit. Ses dernières forces ne servent plus qu’à un seul objectif : rester en vie.

Puis, finalement, le soldat perd connaissance.

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